Transition professionnelle
Votre premier poste civil n'était qu'un premier pas. Et maintenant?
Pourquoi la transition d’un officier ne s’arrête jamais vraiment — et pourquoi c’est une force.

Vincent Maillard · Co-founder, Blonk.co · March 2026 · 7 min read
Vous avez quitté l’institution. Vous avez trouvé un poste. Sur le papier, la transition est faite. Mais quelque chose ne colle pas. Le poste est trop étroit, le secteur ne vous correspond pas, ou vous avez accepté trop vite — parce qu’il fallait avancer, parce que la pression était là, parce que personne ne vous avait dit que le premier choix est rarement le bon.
Vous n’êtes pas seul. Et surtout, vous n’avez rien raté.
Ce que disent les chiffres : le premier poste est presque toujours un poste de passage
Les données sont sans appel — et si la majorité des études disponibles viennent des États-Unis, où la recherche sur la transition militaire est bien plus avancée qu’en France, les dynamiques qu’elles décrivent résonnent fortement avec ce que nous observons sur le marché français.
Selon une étude de référence américaine du Institute for Veterans and Military Families (IVMF) de l’Université de Syracuse, menée auprès de plus de 1 400 anciens militaires, près de la moitié quittent leur premier emploi civil en moins d’un an. Deux tiers l’ont quitté avant la fin de la deuxième année. Ce n’est pas un échec : c’est un schéma structurel.
L’analyse du Center for a New American Security (CNAS), un think tank américain de référence, confirme cette tendance et apporte une nuance essentielle : la majorité de ces départs sont volontaires et motivés par des raisons positives — meilleur salaire, plus de responsabilités, meilleur alignement avec les compétences. Seule une minorité quitte pour des raisons négatives.
Le premier poste n’est pas une destination. C’est un point de départ.
~50%
quittent leur premier emploi civil en moins d’un an
IVMF — Syracuse University
60%
estiment que leurs compétences dépassent les exigences de leur poste
CNAS — États-Unis
–24k$
d’écart salarial annuel pour les profils en sous-emploi
Penn State — Journal of Veterans Studies
L’analyse du Center for a New American Security (CNAS), un think tank américain de référence, confirme cette tendance et apporte une nuance essentielle : la majorité de ces départs sont volontaires et motivés par des raisons positives — meilleur salaire, plus de responsabilités, meilleur alignement avec les compétences. Seule une minorité quitte pour des raisons négatives.
Le premier poste n’est pas une destination. C’est un point de départ.
Le vrai problème : le sous-emploi, pas le chômage
Le taux de chômage des anciens militaires est souvent inférieur à celui de la population générale. En France, Défense Mobilité affiche un taux de reclassement de 53% à un an pour les militaires accompagnés — et jusqu’à 71% pour les officiers si l’on intègre le reclassement dans la fonction publique. Chaque année, ce sont environ 29 500 militaires qui retournent à la vie civile, dont 14 000 sont reclassés avec l’aide de l’agence.
Mais trouver un emploi ne signifie pas trouver le bon emploi. Selon le CNAS (États-Unis), 60% des anciens militaires en poste considèrent que leurs compétences et leur expérience dépassent significativement ce que leur emploi exige. Une étude américaine de Penn State publiée dans le Journal of Veterans Studies en 2024 confirme que ce sous-emploi persiste jusqu’à quatre ans après le départ du service, et que les militaires concernés gagnent entre 11 000 et 24 000 dollars de moins par an que leurs pairs correctement positionnés.
En France, aucune étude équivalente n’existe à ce jour — mais les témoignages que nous recueillons auprès d’officiers français racontent exactement la même histoire.
Le problème n’est pas de trouver un poste. C’est de trouver un poste à la hauteur.

Pourquoi les officiers sont particulièrement exposés
Le paradoxe des officiers est cruel. Leur formation est exceptionnelle : leadership en situation d’incertitude, gestion de crise, prise de décision sous pression, management d’équipes complexes. Selon le Pew Research Center (États-Unis), 78% des officiers estiment que leur service militaire leur a donné des compétences utiles pour le civil — contre seulement 54% des militaires du rang.
L’écart s’explique : plus le niveau de responsabilité est élevé dans l’institution, plus les compétences sont transversales et valorisables — mais aussi plus elles sont difficiles à faire comprendre à un recruteur civil.
Le marché civil ne sait pas lire un parcours de commandement. Il ne sait pas évaluer un chef de corps, un directeur opérationnel adjoint, un responsable de SIRH ministériel. Il voit des titres inconnus et des compétences qu’il ne peut pas catégoriser. Résultat : des officiers exceptionnels se retrouvent dans des postes qui ne reflètent ni leur valeur ni leur potentiel.
Et parce qu’un officier est formé à tenir sa position, il tient. Parfois trop longtemps.
Le piège du « j’ai déjà fait ma transition »
Voici ce que nous observons régulièrement chez Blonk : un officier a quitté l’armée il y a deux ou trois ans. Il a trouvé un poste — souvent par son réseau direct, souvent dans un secteur qu’il connaissait via ses fonctions militaires. Au début, tout allait bien. Puis le décalage s’est installé. Le poste est trop opérationnel, ou pas assez. Le secteur est trop étroit. La rémunération ne correspond pas au niveau de responsabilité. L’entreprise n’a pas la taille ou l’ambition qu’il recherche.
Mais il ne bouge pas. Parce qu’il a le sentiment d’avoir « déjà fait sa transition ». Parce que recommencer un processus de recherche lui semble un aveu d’échec. Parce que les dispositifs institutionnels comme Défense Mobilité ne l’accompagnent plus — leur mandat s’arrête trois ans après le départ.
La transition n’est pas un événement ponctuel. C’est un processus continu.
Et le fait d’avoir navigué une première fois ne signifie pas qu’on l’a bien fait — ni que les conditions n’ont pas changé.
Ce que font les professionnels qui réussissent leur carrière
Aux États-Unis, le Bureau of Labor Statistics est formel : la durée médiane d’un emploi est de 4,6 ans dans la population active générale. En France, l’INSEE observe des tendances comparables pour les cadres. Selon Apollo Technical, une personne change de carrière en moyenne à 39 ans — exactement l’âge auquel beaucoup d’officiers font leur transition. La différence entre ceux qui stagnent et ceux qui accélèrent tient rarement au talent. Elle tient à la continuité de la démarche.
Les cadres dirigeants qui construisent les carrières les plus fortes ne cessent jamais de se poser trois questions : est-ce que mon poste utilise pleinement mes compétences ? Est-ce que ma trajectoire me mène où je veux aller ? Est-ce que mon réseau et ma visibilité sont à la hauteur de mes ambitions ?
Un officier en transition devrait se poser ces questions le jour de sa prise de poste civile — et ne jamais s’arrêter.
Deuxième transition : cette fois, avec les bons outils
Si vous vous reconnaissez dans ce scénario, voici la bonne nouvelle : la deuxième fois, vous avez quelque chose que vous n’aviez pas la première. Vous avez l’expérience du civil. Vous savez ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Vous avez un réseau — même embryonnaire. Et vous connaissez la valeur de l’accompagnement, parce que vous avez vu ce que ça coûte de s’en passer.
Ce qu’il vous manque probablement :
Un positionnement lisible
Votre CV raconte deux histoires — militaire puis civile — mais personne ne comprend le fil rouge. Il faut construire une narration qui transforme cette dualité en avantage compétitif.
Un accès au marché caché
Les postes de direction de PME, de reprise d’entreprise, de Business Unit ne sont pas sur LinkedIn. Ils circulent dans des réseaux de dirigeants, de fonds d’investissement, de conseils d’administration. Il faut y être introduit.
Un sparring partner stratégique
Pas un coach généraliste qui vous fait remplir des tests de personnalité. Un interlocuteur qui comprend d’où vous venez, qui connaît le marché, et qui peut challenger votre projet avec la même exigence que vous mettez à le construire.
Ne pas refaire la même erreur
La première transition a souvent été précipitée. On quitte l’armée avec un calendrier administratif, une aide institutionnelle calibrée pour le volume, et une pression à trouver un poste rapidement. Le résultat est prévisible : on prend ce qui vient — le poste le plus proche, le secteur le plus évident, le contact le plus accessible.
La deuxième transition peut être différente. Parce que cette fois, vous choisissez. Vous n’êtes plus dans l’urgence du départ. Vous pouvez prendre le temps de clarifier votre objectif, de construire un positionnement précis, d’activer les bons réseaux. Et surtout, vous pouvez décider de ne plus jamais lâcher cette démarche.
La gestion de carrière n’est pas un moment. C’est une discipline. Les officiers, plus que quiconque, ont les qualités pour l’exercer avec rigueur.
Il suffit de décider de commencer.
Sources citées dans cet article
Études américaines
- IVMF, Syracuse University — Veteran Job Retention Survey (2014). Étude auprès de 1 400+ anciens militaires.
- Center for a New American Security / CNAS — Onward and Upward (2017). Turnover et sous-emploi.
- Pew Research Center — The Transition to Post-Military Employment (2019). Compétences perçues.
- Penn State / Clearinghouse for Military Family Readiness — Journal of Veterans Studies (2024). Sous-emploi et écart salarial.
- Korn Ferry — A Covert Job Problem for Military Veterans (2018).
- Bureau of Labor Statistics — Durée médiane d’emploi.
- Apollo Technical — Career Change Statistics (2026).
Sources françaises
- Ministère des Armées / Défense Mobilité — Données sur le reclassement des militaires (2021–2024).
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